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Idée sortie pour les Parisiennes : Le Horla au Théâtre Michel

Si vous nous suivez déjà, vous devriez savoir que parmi les sorties coups de cœur de la rédaction, le théâtre tient une place toute particulière. Plus incarné que le cinéma, plus vivant que le musée, plus nourrissant même parfois qu’un bon restaurant (qu’on se fera tout de même après la représentation, hein, faudrait pas exagérer), le théâtre est le plan parfait pour une soirée réussie, en amoureux, entre amis, ou même seul, si on aime le face à face avec la pièce et un peu avec soi-même.

Parmi les très nombreux petits théâtres parisiens qu’on aime et qui présentent des pépites, il y a le théâtre Michel, dont nous vous avions déjà parlé pour « La Peur » de Stefan Zweig, un autre seul(e) en scène particulièrement réussi, et qui semble avoir fait des textes forts portés sur scène sa marque de fabrique.

Le Horla est une nouvelle fantastique de Maupassant, qui commence sur la normalité la plus banale pour nous emmener, étape par étape, jour après jour du journal du personnage, vers l’abîme. On a lu en général le texte pour le baccalauréat, à moitié ennuyé par cette plongée minutieuse vers la folie d’un esprit rationnel et brillant. Sans doute faut-il avoir vécu et effleuré la possibilité universelle de la fêlure qui sépare la norme de la folie pour apprécier la justesse de ce texte, ses intuitions fulgurantes, foucaldiennes presque.

La pièce donc. Il y a d’abord une silhouette, racée, élégante. Celle de l’acteur Florent Aumaître qui entre sur une scène qu’habite une chaise. Le décor jusque l’épure. Lorsque je le croiserais après la pièce, fumant sa cigarette, sans doute épuisé par une performance à couper le souffle, je serais surprise de mettre quelques secondes à le reconnaître. Il n’a déjà plus cet air de bourgeois, cette tenue, qui était donc, je le comprend après, celle de son personnage et non la sienne propre. Une incarnation.

Acteur Florent Aumaître au Théâtre Michel à Paris

La chaise, une veste, et son carnet. Son journal pour être plus exact, métaphore du texte devant nous ressuscité. Nous suivons sa joie quotidienne d’être un oisif bourgeois jouissant d’une vue superbe. Puis les premières angoisses, les premiers rêves. Les accalmies, liées à des changements de lieux. La montée de la folie, infime déviance de la normalité, sans que nous puissions dire si nous avons à faire à une névrose ou à du surnaturel. C’est dans doute la force de la pièce que de ne pas trancher.

Ce qui frappe, c’est la façon dont Maupassant puis Florent Aumaître disent les moindres changements d’humeur d’un individu, ces minuscules équilibres et déséquilibres qui le font passer de l’euphorie à la mélancolie. Pour ma part, j’ai sursauté plusieurs fois tant les états d’esprit qui me paraissent si intimes et propres à moi étaient si justement dits.

Florent Aumaître, lors de sa cigarette post performance, me dira aussi à quel point ce texte l’habitait, à quel point le dire était devenu pour lui une nécessité. A le voir ainsi tenir plus d’une heure, seul en scène, faisant couler un texte appris comme s’il le vivait à l’instant et pour la première fois, ce n’est presque plus du théatre et déjà de la sorcellerie.

« Le Horla » de Maupassant au Théâtre Michel, courrez-y, vibrez-y, tremblez-y. Réservez votre place ici.

Affiche de la pièce de théâtre Le Horla au Théâtre Michel à Paris

Florent Aumaître interprète Le Horla au Théâtre Michel

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